Je me réveille, rouillée comme à mon habitude, mon corps enlisé dans ce carcan de paralysie dont il doit se défaire chaque matin. Mais ce matin, je me rends compte avec horreur que la maladie a finalement progressé et ne veut pas abandonner la partie...
Malgré les médicaments si forts et qui sont sensés stagner le processus, ce matin je la sens, elle est là, revenue, certainement plus forte qu'avant pour que je puisse sentir la douleur malgré le traitement de cheval que je m'impose... Mon corps est en prison, la maladie s'enroule comme un Boa autour de sa proie pour mieux m'étouffer, j'ai mal....
J'ai mal à des endroits jusqu'ici non touchés... Cette saloperie se venge sur les parties de mon corps encore en bonne santé. Ne devrais-je donc jamais avoir un peu de répit et gagner la lutte enfin ? Elle devrait freiner, pas progresser à nouveau... Je vis avec depuis si longtemps, c'est une ennemie intime depuis 16 ans qui ne fait que grignoter un peu plus et sournoisement chaque partie mobile de mon corps. Et la voilà revenue... Sans n'avoir jamais crié victoire, je pensais cependant avoir gagné beaucoup de terrain et la freiner enfin définitivement. Mais non, elle revient, en force, determinée, je la hais ! Elle est une partie de moi, est-ce de ma faculté de ne pas abandonner la partie qui lui a donné cette force de s'adapter à chaque traitement plus lourd encore et de faire son sale boulot malgré tout ??
J'ai mal, je sens cette chaleur maudite et la pression interne vers l'extérieur, comme si mon corps en certains endroits touchés allait imploser. Je n'avais plus ressenti ça depuis le dernier traitement qui m'a rendu si malade, putain, cela ne fait que 2 ans bordel !! Elle s'adapte de plus en plus vite cette garce.
Je la vois qui me regarde et se rit de moi sadiquement. "Tu m'avais oublié n'est ce pas" me dit-elle. "Tu avais oublié que la souffrance restait en mon pouvoir et que c'est moi qui contrôlait ton corps et non l'inverse ! Tu as cru pouvoir me vaincre mais tu m'as rendue plus forte encore, et ce que tu ressens ce matin ne sont que les prémices des ces petits plaisirs douloureux que je te réserve.... Oui ma belle, je suis revenue et les crises aussi, je ne t'abandonnerai jamais, nous sommes liées toutes les deux, et je progresserai de concert avec toi, ton corps sera à moi en entier même si tu dois me combattre encore, ton corps sera à moi et deviendra ta prison pour de bon. Alors tu ne pourras plus bouger, et je pourrais non seulement te torturer de l'intérieur, jouer avec tes tripes, tes os, les mâcher et les calcifier un peu plus, mais je vaincrai aussi ton âme. Je mâterai ta volonté de vivre et survivre, je te conduierai à la douleur suprême qui fera de la mort un doux rêve pour toi, ton salut !"
Voilà la salope ce qu'elle chante à mon oreille ce matin. J'ai mal, je sais que je me prépare à un nouveau sursaut de douleur, de décrépitude, l'hôpital, les examens, d'autres traitements encore, toujours plus lourds et j'en ai marre, je suis fatiguée de tout ça... Je sais que je ne baisserai pas les bras, je me battrais jusqu'au bout, mais j'en ai marre ! Je ferai ce qu'on me dira comme un bon ptit soldat, mais j'en ai marre putain ! 2 ans, et encore si j'enlêve les 6 mois où j'ai été malade à crever le temps de supporter le traitement, ça fait seulement 1 an et demi.. Et merde !! Ce n'est rien putain, ça n'aurait pas du arriver si vite, non pas si vite.....
Je sais, quand il y a bien pire sur terre, je ne devrai pas me plaindre ainsi, c'est d'ailleurs cela qui m'a toujours fait résister, mais Merde cette souffrance bordel je n'en veux plus. Qu'elle me prenne maintenant si elle veut mais qu'elle arrête de me faire souffrir autant, Mon corps est un charnier, un tapis de braise intérieur, la douleur plante ses griffes dans mes os ne les lâches plus, comme les varans jamais ne lâchent leur proie une fois mordue. Encore souffrir 1000 morts pour le moindre mouvement, le moindre pas, le moindre enfilage de tee-shirt, la moindre ouverture de porte, le moindre morceau de viande que je couperai, la moindre note que j'écrierai de ma main... Boîter, ne plus pouvoir me déplier, sentir les couteux chauffés à blanc dans ma chair jusqu'aux os, même au repos... Putain de maladie de merde ! Saleté misérable, vicieuse et vorace que je voudrais écraser comme une vulgaire punaise. Mais c'est elle qui m'écrase....
Putain, déjà ? Non pas si vite, ça ne devait pas arriver si vite.... J'ai mal, je te hais sale garce et je ne me laisserai pas faire cette fois plus que les autres ! Mais je vois que cela te fait rire, et en mon fort intérieur je sais que je rirais aussi si jétais à ta place. Moi qui me targue souvent de dire que si j'avais le choix de tout refaire, je te garderai pour ce que tu m'as appris, pour la force et l'humilité que tu ma donnée, et pour la personne que je suis devenue en partie grâce à toi, j'ai du en être trop orgeuilleuse pour que tu ne me prennes pas au mot et que tu te joues de moi... Tu as raison, je suis pitoyable d'y avoir cru...
Je te hais sale charogne, Je te tuerai un jour, je promes que je te tuerai, quoi que cela puisse me coûter, c'est moi qui aurai le mot de la fin, pas toi, même si je dois en mourir, je le choisirai, ce n'est pas toi qui me prendra, je resterai maître de ma vie !!!!! Et là c'est moi qui rierai bien de toi........ C'est moi qui te regarderai dépérir avec moi et qui se vengerai !
Rendez-vous en enfer s'il le faut, mais je te tuerai ma Meilleure Ennemie !
(Peinture de Frida Kahlo, auroportrait : "la colonne brisée" - 1944)
PS : j'espère que vous voudrez bien pardonner la vulgarité de certains mots employés, mais ils sont sortis du coeur et aussi violemment que j'ai ressenti la douleur. |