J'ai 32 ans.
Douze ans donc me séparent encore de mon dernier récit concernant mon père. Je n'ai toujours pas comblé de ma plume cette période, je ne sais pourquoi, j'ai du mal à écrire cet épisode 3 (voir "Où est mon Papa" partie 1 du 06/02/07 et partie 2 du 14/02/07) et ce n'est pas encore aujourd'hui que ce chapitre sera ajouté...
Mais d'autres parties de l'histoire à présent demandent à sortir. Des failles que j'avais enfoui très, très profondément.... Cela m'est venu sournoisement suite à un de mes rendez-vous chez le psy il y a 3 semaines je crois (avant mon opération).... Je lui parlais de certains rêves qui revenaient systématiquement depuis des mois, la série la plus présente et la plus dérangeante pour moi étant celle qui me confronte presque chaque nuit soit à un membre de ma famille, généralement ma mère, soit à mes copines d'enfance ; elles étaient trois, de la 5ème à la terminale et j'ai longtemps été parmi elle le bouc émissaire jusqu'à ce que je me révolte et m'en éloigne dès la seconde où mon caractère indépendant s'affirma clairement et me différencia irrémédiablement d'elles, psychologiquement parlant.
Dans ces rêves donc, que ce soit avec ma mère ou ces amies d'enfance, je me trouvais toujours empêtrée dans un conflit que je n'avais pas choisi, et je passais irrémédiablement pour la coupable de façon injuste car je n'avais à chaque fois rien fais qui méritait.... J'en venais moi-même à douter de moi et penser que j'étais mauvaise, ce qui me blessait d'autant plus profondément. Encore une fois je me sentais comme le vilain petit canard et il était impossible de prouver mon innocence ou ma bonne foi. Le sentiment d'injustice était une tel une plaie ouverte que l'on charcutait à vif, un tison que l'on imposait sur ma peau nue.... C'était d'autant plus étrange pour moi que je n'ai aucun conflit avec ma mère depuis des années, nos rapports sont très bons. Quant à mes amies d'enfance, nous nous sommes très vite perdues de vues, et pour ma part sans regrets, car elles m'avaient finalement fait beaucoup de mal et je crois bien que jamais elles ne s'en rendraient compte. Avoir fait ma vie seule et de façon volontaire de mon côté, était la meilleure réponse à donner à leurs attitudes... J'avais gagné de toute façon...
Quoi qu'il en soit, et ne me demandez pas le lien car je n'en n'ai absolument aucune idée, suite à ce récit mon psy me pose cette question "Vous sentiez vous coupable de l'abandon de votre père étant enfant ?" Bah ?? Qu'est-ce-que ça vient faire là ça ??? Enfin, lui faisant confiance, je réponds tout de même "Ah non ça jamais !! Pourquoi moi je me sentirais coupable de quoi que ce soit ???".... La question m'apparût extrêmement saugrenue, et pour autant l'on a l'habitude d'entendre dire que beaucoup d'enfants se sentent coupable du départ d'un parent ou de leur séparation, autant cette notion m'avait toujours paru étrangère à mon cas...
En réfléchissant un peu et légèrement honteuse tout à coup je dis "Enfin je ne me sens pas coupable du départ de mon père, mais je me sens réellement coupable de l'interdiction du droit de visite que lui a imposé le juge par ma faute. Enfin dans ma tête c'est bien de ma faute puisque c'est moi qui ai répondu "correctement" aux questions du juge qui l'ont conduit à prendre cette décision, et rendant ma mère étrangement contente et fière de moi.... En me faisant creuser un peu, le psy me fait prendre conscience que ce poids là oui je l'ai toujours porté. Le pire étant que je n'ai jamais compris pourquoi ma mère m'a poussée à faire cela. Je m'en rends compte à travers toujours les questions du psy : "Mais votre père avait-il menacé votre mère de vous prendre chez lui ? Intervenait-il régulièrement dans votre vie ? Cherchait-il un contact avec vous ? Etait-il du genre imprévisible ?" ... Et à toutes ces questions ma réponse fut, c'est consternant, "NON", mon père en 3 ans n'avait pas donné le moindre signe de vie, et ces dernières actions tendaient plutôt à prouver qu'il était faible de caractère, et que dans tous les cas il ne souhaitait pas spécialement me revoir. Mais alors pourquoi ?? Pourquoi avoir fait ça, quelle était l'utilité ?? Non seulement je réalise que je n'avais jamais compris pourquoi, mais en plus, je me suis contentée de cela toutes ces années sans jamais poser la question à ma mère. Un simple "Pourquoi ? Quelle en est la raison ?"... Eh bien voilà un nouveau travail à faire à présent...
Mais si je vous parle de culpabilité de l'enfant dans le titre, ce n'est pas tant pour cette raison de l'interdiction de droit de visite que ce que j'ai découvert plus sournoisement, les jours et les semaines qui ont suivi... C'est toujours comme cela lors d'une thérapie, beaucoup de choses sont révélées et comprises non pas pendant les rendez-vous, mais entre chaque, grâce aux questions ou événements qui ont été soulevés pendant la séance. J'emploie l'adjectif "sournois" car cela se fait réellement à votre insu, sans que vous y pensiez ou que vous cherchiez à analyser... C'est comme si tous les fils de votre histoire se démêlaient lentement, et une fois le nœud défait, la vérité déformée et cachée par ce noeud vous apparait tout à coup, alors que vous pouvez être dans une situation des plus banales de la vie quotidienne...
Ce qui m'est apparût à ce sujet, ce que le fil d'Ariane a dévoilé, a fait voler en éclat ma certitude presque infantile et arrogante de ne jamais m'être sentie coupable de quoi que ce soit dans le départ de mon père. J'ai connu tant d'hommes lâches et irrespectueux dans ma vie,( j'en ai d'ailleurs certainement connu pour avoir voulu recréer inconsciemment cette première expérience d'abandon que mon père m'a fait vivre,) que je ne pouvais concevoir moi de m'être un jour sentie coupable, ayant toujours été une victime de nombreux prédateurs !!! Et pourtant, pourtant....
Pourtant les sentiments de mon enfance, de moi petite fille me reviennent lentement, et je me rends compte que honteuse, je les avais cachés et enfouis loin, très très loin... Je les avais presque autant occultés que le souvenir de mon frère décédé... La vérité la voici : je me suis bien toujours sentie coupable du départ de mon père. Comment ?? C'est très simple : je pensais que s'il m'avait abandonné, c'est qu'à ses yeux je n'étais pas assez digne de son amour et de son attention. Je pensais que je ne devais pas être une petite fille très intéressante, mais plutôt représenter un boulet qu'autre chose... D'autant plus que je m'entendais de plus en plus mal avec mon demi-frère et sa mère (la nouvelle femme de mon père et son fils). Même si je n'étais jamais coupable (tiens, encore un sentiment d'injustice, c'est un autre fil d'Ariane que l'on a découvert tout au long de ma vie avec le psy, mais j'en parlerai plus tard), ce demi-frère plus jeune faisait tout pour me faire gronder à sa place et s'en délectait. Je n'étais pas apte à me défendre, cela n'intéressait personne.. Du fait la situation au sein du foyer devenait conflictuelle, l'ambiance lourde, et je tombais à chaque fois malade (réaction somatique) ce qui les énervaient grandement, je devais certainement le faire exprès.....
Bref, pour toutes ces raisons oui c'est vrai, aujourd'hui je dois l'avouer. Je me sentais coupable de son départ, et encore aujourd'hui je me pose finalement la question. Ce sentiment est très clair maintenant, et je me souviens que je n'ai jamais osé en parler à ma mère.... Je devais être une petite fille vraiment inintéressante et insignifiante pour qu'il me laisse, et fasse place au silence dès la naissance de son autre fille. Oui, le dernier signe de vie que j'ai reçu fut le faire part de naissance, sans mot, aucune personnalisation, puis plus rien.... J'étais remplacée, et si j'étais remplacée, c'est que vraiment je ne devais pas être la petite fille qu'il désirait, et que je devais le dégouter... Donc oui j'étais bien coupable, car je n'étais pas à la hauteur de ce qu'il attendait, c'est à cause de moi s'il est parti, je n'ai pas su le retenir....
Voilà... Voilà comment l'on se retrouve comme des milliers d'autres personnes et d'enfants, à porter la culpabilité du départ d'un des parents. Hélas à en parler cela devient d'une banalité affligeante, et pourtant pour moi, cela résonne comme un coup de canon que je n'attendais pas. Cela m'a fait sursauter, a agressé mes oreilles à briser mes tympans, et l'écho est resté très longtemps dans l'air jusqu'à ce que je comprenne, et l'admette. Est-ce que je me sens mieux pour autant ?? Non, absolument pas. Mais peut-être cela me permettra d'engager un dialogue avec mes chers parents, et de mettre des mots sur ce qu'ils m'ont fait subir, sans doute nonintentionnellement...
Aussi, à tous les parents et futurs parents qui liront ce texte, s'il vous plaît, faites attention à ce que ressentent vos enfants dans les moments difficiles de votre vie de famille. Prenez soin de parler avec eux, de déceler chez eux un quelconque sentiment de culpabilité qu'ils n'ont pas à porter, et qui pourrait fortement les meurtrir dans leur chairs, parfois toute leur vie... S'il vous plaît, ne prenez pas le parti d'éluder ce dialogue, même avec les enfants très précoces. Ils vous semblent matures mais ils restent des enfants. Trop souvent et ce fut mon cas, les enfants portent tout sur leurs épaules et n'en montrent rien à fin de préserver leurs propres parents. L'on se prive de son propre bonheur pr celui de ses parents, je le sais, je l'ai fais, j'ai toujours sacrifié mon bonheur pour celui de ma mère, toujours, et aujourd'hui je lui en veux de n'avoir rien vu... Mais comment aurait-elle pu voir, j'ai joué le jeu tellement bien, les enfants sont doués pour ça, c'est en général là qu'ils deviennent des adultes avant l'heure...
Alors, si ce n'est que ce texte ajoute une étape à ma thérapie et m'aide avant tout moi-même dans ma démarche, il ne représente évidemment pas grand chose, pour personne. Mais s'il peut juste simplement faire poser la question à certains parents sur l'état d'esprit de leurs enfants face à certaines situations, et engager ainsi avec eux un dialogue, je crois qu'en tout les cas ça ne peut pas faire de mal... Je serai alors un peu de cette voie de l'enfance perdue avec les années, ne souhaitant qu'une seule chose, qu'ils puissent grandir dans l'amour et la bienveillance de leurs proches, sans angoisses inutiles à cet âge, sans fardeau à porter... Bref, ne leur souhaitant qu'une vie d'enfant la plus insouciante et heureuse possible.
J'envoie pour finir toutes mes pensées et gros bisous à tous les enfants qui sont encore en chacun de vous, de nous. Laissons la meilleur part de nous même se souvenir, et vivre, et rire de manière insouciante, c'est mon vœu pour aujourd'hui...
Anonyme |