J'ai 20 ans.
Je retrouve mon père chez lui, dans sa maison. Heureusement pour moi, peut-être même pour nous, sa femme et sa fille (étrange pour moi d'écrire "sa fille", ce la me fait penser que je ne me considère moi-même réellement pas comme la sienne) sont en vacances. Je n'aurais pas souhaité les rencontrer pourle moment. Sa femme car je n'en n'ai avec le recul que des mauvais souvenirs et mon inconscient me dit qu'elle est responsable de beaucoup de mes maux dans cette situation. Et concernant "ma soeur", ma petite "demi-soeur", je suis trop soucieuse de son bien-être pour oser prendre le risque de la perturber, car je ne sais absolument pas ce qu'elle connaît de mon existence. Dans le doute, s'abstenir...
Sa maison, en Provence, est vraiment jolie et agréable. Un grand jardin et une piscine, c'est assez surprenant pour moi qui n'avait pas l'habitude de voir mon "papa" dans ce genre d'environnement auparavant. Mais il me fait bien vite comprendre que tout ceci ne lui appartient pas, que c'est sa femme qui a "de l'argent". Même si je ne suis pas surprise du fait car je me souvenais d'elle comme quelqu'un de très intéressée, je trouve la remarque étonnante pour un "mari". Cela indiquerait-il une connotation négative concernant leur couple ? Je ne pose pas de questions, et à vrai dire je n'ai aucune envie d'entendre parler d'elle. "Papa" (encore aujourd'hui j'ai du mal à prononcer ce mot) me dit qu'il a reservé une table dans un restaurant sur la coupure des eaux à L'îsle sur Sorgue, je suis enchantée et me sens touchée qu'il m'invite dans ce genre d'endroits pour nos retrouvailles.
Nous buvons quelque chose de frais auparavant et commençons à discuter de la vie en général. Il me demande surtout ce que je suis devenue toutes ces années, mon parcours, si je travaille, etc... Je n'en reviens pas de cette discussion assez anodine mais surtout, sans malaise, comme si on ne s'était jamais vraiment quittés, enfin en tout cas pas pendant 10 ans. Je n'aurais jamais pensé que cela puisse être si simple. Mais ça l'est et j'en profite, même si je suis toujours intimidée il faut bien l'avouer. Le plus perturbant, c'est de se parler comme à des gens proches puisque nous sommes "en famille", de façon donc familière, alors que nous ne nous sommes jamais fréquentés avant et que je n'ai jamais eu ce genre de discussion "d'adulte" avec lui. C'est vraiment bizarre... Je reconnais sa marque de cigarettes, il n'en n'a pas changé depuis toutes ces années, ce n'est pas une marque très connue et c'est d'autant plus présent dans ma mémoire. Je lui fais remarquer ainsi qu'une anecdote : un petit cadeau que je lui avais offert enfant, une boite en métal pour ranger son paquet que j'avais trouvé à l'éffigie de sa marque de cigarettes. Il n'en n'a pas le souvenir, je suis un peu déçue....
Nous sommes au restaurant, en terasse, c'est formidablement agréable. Le temps est magnifique, une petite brise nous rafraîchit, et je suis en fàce de ... mon Père, de mon papa que j'ai attendu toutes ces années. Jai 1000 questions à lui poser et en même temps je n'ai envie que de parler de banalités et de prendre la vie comme elle vient. Je n'ai pas envie de me gâcher ce moment. Physiquement je suis assez surprise, non que je ne le reconnaisse pas, mais mes yeux de petite fille le voyaient plus grand, moins maigre. Néanmoins il s'agit bien de lui, et son odeur qui restait ancrée dans mes souvenirs est toujours la même, je ne l'avais pas oubliée.... C'est étrange la mémoire des odeurs, c'est totalement abstrait et néanmoins très vivant et fiable. Je remarque un détail dont je n'avais absolument aucune idée ni aucun souvenir, il a les yeux verts. La forme de ses yeux n'est pas particulièrement remarquable, mais leur couleur.... Un vert émeraude comme rarement j'en ai vu dans une vie, j'aime beaucoup. moi qui ai toujours rêvé d'avoir les yeux verts (les miens sont un mélange clair de chatain, de vert, et de gris) je m'aperçois que mon géniteur aurait....tout de même pu me donner cet atout ;-p.
Nous parlons beaucoup de la famille. jusqu'à ce qu'il en vienne à me poser une question qui lui brûle les lêvres je le ressens : "comment va ta mêre ?" Je perçois alors dans son regard une lueur incroyable, je nai jamais vu ce genre d'expression chez une personne de cet âge. Chez personne tout simplement d'ailleurs. Plus je lui parle d'elle plus cette expression s'intensifie, il en vient à avoir même les larmes aux yeux, mais se garde bien d'en laisser couler ne serait-ce qu'une seule. Et soudain je comprends : mon Dieu, après tout ce temps, toutes ces années, presque une nouvelle vie passée, mon père est encore amoureux de ma mêre. C'est réellement... magnifique et perturbant à la fois, et je réalise toute la portée de ce que cela signifie pour lui à ce moment de sa vie : la conscience qu'il ait perdu la seule et unique femme de sa vie et qu'il l'aimera sans espoir à jamais. Je suis bouleversée, je me sens fière et triste en même temps de cet état de fait.
Le repas terminé nous décidons de nous promener dans L'isle sur Sorgues, c'est vraiment une petite ville magnifique, ou alors est-ce moi qui en fait un endroit magnifique pour le relier à ce moment si magique de ma vie.... Nous passons 2h comme cela, à un moment même bras dessus-bras dessous, quelle étrange sensation. Envie de retrouver les mêmes gestes et attitudes avec mon papa de quand j'étais petite fille, et en même temps sentiment que cela ne peut être si naturel car je n'ai pas senti le contact de ses mains et de ses bras depuis tant d'années. Cela peut-il revenir de la même façon ? Cette question va malheureusement trouver une réponse bien difficile et inatendue à gêrer.....
Nous retournons chez lui, afin de profiter de cette fin d'AM près de la piscine, tranquilles tous les 2. Evidemment je n'ai pas de maillot de bain, alors il cherche à me prêter un de ceux de sa femme. Evidemment ne nous faisons pas dutout la même taille. A l'époque je suis particulièrement fine, et je n'ai jamais eu une grosse poitrine. Hors sa femme est tout le contraire de moi. Il arrrive à me trouver une culotte de maillot de bain, mais pas de soutien gorge. Il me demande si cela me gêne, mais je m'en fiche, je ne suis absolument pas pudique, et surtout il s'agit de mon père.... J'ai été elevée par mon père et ma mère dans cette absence de pudeur et je ne les en remercierait jamais assez !! A la maison, on se promenait tous "à poil" sans aucun souci, c'était quelque chose de naturel et sain, sans équivoque. Cela m'est resté ma vie entière, et je dois bien avouer que cela facilite bien la vie de se sentir assez à l'aise dans le plus simple appareil dans les relations amoureuses, ou même dans les diverses activités sportives ou autres interractions de ce type avec le monde extérieur. La pudeur est un fardeau bien lourd à porter parfois pour les gens, ce n'est pas rendre service à un enfant il me semble que de se cacher de lui et le plonger dans cet etat d'esprit. Evidemment je ne parle pas d'aller dans les extrêmes, et il faut respecter les choix de l'enfant à ce niveau, mais il est important je crois de rendre cela naturel.
Je dévie un peu du sujet mais vous allez très vite comprendre pourquoi...
Mon Dieu j'ai beaucoup de mal à continuer sur cette partie de l'histoire. Avant de prolonger cette lecture il vous faut savoir que cela fait 2 jours que je remets eu lendemain ce passage que j'ai du mal à écrire. Cela ne m'est pas vraiment douloureux mais, stressant, un peu angoissant...
Mon Père a préparé deux chaises longues sous un arbre, le soleil tape très fort en Provence l'été et c'est en général difficile de rester dessous en plein après-midi. Avant de nous allonger nous faisons un petit plongeon dans la piscine. C'est agréable.... Je lui avais dis que ce n'était pas grave mais finalement je ne me sens pas si à l'aise que ça les seins nus. Mais pourquoi ça n'est réellement pas mon habitude d'être gênée de ce fait. Je sens son regard "d'homme" sur moi, mais je veux me convaincre que ce n'est que le regard d'un père peut-être fier d'avoir une fille qui a tant grandi ? Nous nous allongeons côte à côte sur les chaises longues, nous parlons beaucoup, c'est étrange mais je n'ai absolument aucun souvenir de la conversation, rien de toute l'après midi excepté ceci : à un moment il tend sa main et la pose sur mon bras, je suis heureuse car je me dis qu'il recommence à retrouver des sensations naturelles et veut simplement retrouver un contact charnel "père-fille", enfant, moi et mes parents etions tous très tactiles entre nous pour tout ce qui était élan de tandresse, bisous et calins. Fait étrange aujourd'hui je suis incapable de reproduire cela avec ma mêre, autant je l'adore, autant il m'est quasiment impossible de la toucher hormis pr l'embrasser. Même pour l'enterrement de ma grand-mêre je me souviens, j'ai été incapable de la prendre dans mes bras. Je suis toujours quelqu'un de très tactile.....sauf et surtout avec elle, c'est très étrange la vie...
Bref, nous passons un moment comme cela sans bouger, quand un peu plus tard sa main se rapproche et parcours mon épaule, pour finir su mon sein droit..... Je suis tétanisée, je ne sais pas comment réagir. Dire que je suis dégoutée serait faux, mais complêtement déroutée et extrêmement mal à l'aise forcément. Il me dit "ça te gêne", et je m'entends répondre comme si ce n'était pas moi qui parlait, comme si je me regardais de l'extérieur "non tu es mon père, tout cela t'appartient c'est naturel". Pourquoi est-ce que je réponds ça ?? Cela a longtemps été un drame pour moi de ne pas comprendre ma réaction, mais je saurai l'expliquer plus tard, bien plus tard..... Cela ne va pas plus loin, mais il reste comme ça un bon moment à me caresser légêrement, pas avec envie non, mais juste caresser. Je me dis qu'un père peut faire sa à sa fille comme il ferait une papouille dans le cou, un calin, ou une caresse sur la joue.... Je ne sais pas en fait, je nai pas appris. Comment se passent les relations tactiles entre un père et sa fille à l'âge adulte ?
Vient l'heure du départ, rhabillée et assise sur une chaise, je le sens derrière moi mettre ses mains sur ma nuque, mes épaules et à nouveau les descendre au niveau de mes seins, sous mes vêtements. Je ne bouge pas, je fais comme si de rien n'était, comme si cela était naturel. Mais au fond de moi je suis partagée Je sens bien que cela n'est pas naturel et je ne suis plus si sûre que cela soit "normal", mais je n'arrive pas à l'en empêcher ni même lui dire. J'ai envie d'aimer mon père, de lui donner mon amour de grande fille à présent et surtout ne pas le blesser. Je laisse faire.....
En partant il me serre dans ses bras, et là déjà je me sens mieux car cela a un autre sens pour moi. Et malgré tout ce malaise je n'ai pas envie de partir, pourquoi ? Il me propose de revenir le lendemain après-midi(j'ai oublié de préciser qu'il travaille en partie de nuit et donc se libêre tôt chaque jour) et c'est avec joie que j'accepte. J'ai vraiment envie de revenir, j'ai vraiment envie de passer du temps avec lui. Est-ce mal de penser ça ?
Le lendemain donc je reviens toute heureuse. Nous discutons au départ à l'intérieur de la maison, il me montre des photos et des vidéos de ma petite soeur. C'est étrange de constater, moi qui ne ressemble à personne dans ma famille, qu'il y a quelque chose dans ses traits qui rappelle mon visage.
Nous nous asseyons sur le canapé, il me prends dans ses bras, je suis heureuse que mon "papa" me fasse un calin, ce calin que j'attends depuis si longtemps. Il m'explique que ma petite soeur est très sauvage et absolument pas tactile, et que cela lui a beaucoup manqué... Mais à nouveau je ressens cette sensation bizarre que la chose n'est pas si naturelle et normale que cela.
Re-piscine. Cette fois j'ai amené mon maillot de bain et donc aucun problème de poitrine dénudée. Mais cela ne l'empêche pas de poser ses mains dessus, sans insistance aucune, mais dessus simplement. Je ne réagis toujours pas. C'est comme si cela m'était impossible. Je fais totale abstraction de ce "détail physique" pour m'attacher au reste. S'en suit une après midi normale de discussion et calins...Ohhh rien que de l'écrire je me rends compte que ce n'est pas le bon contexte pour mettre un père et une fille en situation n'est-ce pas ? Oui je le crains hélas. Mais à l'époque je ne veux pas le voir. Je ne veux pas perdre mon papa à nouveau. Je m'en vais à la fin de journée, il ma offert un cadeau, une montre, assez jolie, pas un bijou précieux mais mais avec beaucoup de valeur sentimentale c'est certain. J'ai senti dans ce geste qu'il aurait voulu y mettre à l'intérieur tous les cadeaux et les attentions qu'il n'a pas pu (ou pas voulu?) me donner toutes ces années et ça me suffit. Nous nous disons"au'revoir longuement".
Tout le chemin du retour dans ma voiture je suis complêtement perdue. Heureuse et majheureuse, enchantée et confuse, fière et honteuse, et je m'aperçois dans tout cela que je n'ai posé aucune des questions qui m'ont hantée toutes ces années, pas une seule, je n'ai finalement aucune raison du "pourquoi" de cette absence, je n'ai pas cherché à savoir.... Les questions reviennent alors, avec en plus ce malaise de ne savoir ce que je dois penser de sa façon de me toucher... Je m'éloigne du sud pour remonter sur Paris avec ses idées là...assez embrumées, aussi grises que la capitale les jours de mauvais temps.....
(suite prochainement) |